Plus fort que « Pokémon Go » : « Ambassadeur Go » !

Arnaud Pottier Rossi | 14 octobre 2016 | Aucun commentaire
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C’est le nouveau jeu à la mode sur lequel toutes les entreprises françaises, quelle que soit leur taille, se ruent !
La règle est simple : parcourir votre entreprise pour repérer les collaborateurs au plus grand potentiel d’ « Ambassadeurs ». Vous les avez identifiés ? Il ne vous reste maintenant plus qu’à les séduire par tous les moyens pour faciliter leur capture. Bien au chaud, dans votre « Ambassaball », vos petits protégés seront alors entrainés et nourris de belles déclarations sur le « bonheur au travail » (un chief happyness officer pourra s’avérer utile !)- avant de combattre sur le terrain sanglant et sans pitié que sont les réseaux sociaux ou les plateformes de notation.
Ca y est, vous avez gagné ! Vous êtes le Numéro UNO de l’E-réputation RH ! Bravo !

Cette vision pourrait être un trait d’humour si, malheureusement, elle ne décrivait pas cette quête des (bons) ambassadeurs pour prêcher la (bonne) parole sur les réseaux sociaux.
En effet, constatant que leurs collaborateurs n’ont pas attendu leur avis pour partager leur quotidien à l’externe, beaucoup d’entreprises inquiètes de ce manque de contrôle, commencent (seulement…) à se soucier de leur image employeur… Tant mieux, dirai-je, c’est un premier pas ! Néanmoins, quand les objectifs de la marque employeur ne sont pas les bons ou que la méthodologie employée pour sa construction est hasardeuse, ces entreprises ne peuvent être assurées que d’une seule chose : elles iront droit dans le mur !

Des ambassadeurs…du mal-être.
Pour relayer positivement leur quotidien, les collaborateurs doivent déjà vivre des expériences positives au sein de leur lieu de travail. Et soyons honnête, on en est quand même très loin. De nombreuses études le montrent, les collaborateurs sont stressés et ne se sentent pas bien dans leur travail. Isaac Getz avance même dans son livre(1) que seuls 10 % des salariés français travaillent avec bonheur, quand 60 % viennent juste pour toucher leur salaire, et que 30 % sont tellement malheureux qu’ils s’y rendent pour afficher leur souffrance « .
Alors, on travaille à fond avec 10 % des salariés et on prie pour les autres 90 % se taisent à jamais ? Non, évidemment !

Un changement de posture !
Et si les entreprises changeaient leur regard sur le rôle de leurs collaborateurs ?
Exit l’ambassadeur ! Après tout, être ambassadeur n’est-il pas un rôle dévalorisant pour le collaborateur, confiné à la seule mission de relayer ce qui est décidé par l’entreprise, sans que lui même puisse prendre part à ces décisions ?
En résumé, « on décide et tu partages ». Vraiment pas très gratifiant. En complet décalage avec la réalité de ce qu’est et attend un collaborateur.

Le collaborateur n’est pas une des « ressources de l’entreprise », il en est la « richesse » en étant, à la fois producteur, ressource créative, influenceur interne et influenceur externe.

Collaborateur Richesse de l'entreprise
Collaborateur Richesse de l’entreprise

 

Producteur dans sa mission quotidienne : il reçoit une rémunération, en échange de quoi il apporte une valeur économique matérielle ou immatérielle à l’entreprise.

C’est aussi un Influenceur. Attention, pas seulement une personne influente sur les réseaux sociaux, mais bien une personne qui influe sur le cours des choses, au sens originel du mot. Tout d’abord en interne. A la machine à café, au restaurant, dans les réunions, chaque collaborateur diffuse des informations, partage ses états d’âme, transmet sa joie comme son stress ; tout ceci impactant ses cercles d’influence.
Ensuite au niveau externe. Là aussi, il va, de fait, diffuser son expérience de collaborateur auprès de différents cercles d’influence, des plus intimes (famille, amis…) aux plus étrangers (réseaux sociaux, site de notation…).

Tous influenceurs et tous uniques !
Nous sommes tous influenceurs, des influenceurs rentrés dans l’aire de la personnalisation. Comme nous attendons que les marques parlent au client unique que nous sommes, avec du contenu ou des offres personnalisés, nous attendons que les entreprises parlent au collaborateur unique que nous sommes en lui donnant l’information exclusive ou les moyens de développer notre employabilité.

Qu’est-ce que cela implique pour les directions de la communication et des ressources humaines ? Etre en capacité d’identifier les influenceurs et leur cercle d’influence dans un premier temps et, dans un second, de pouvoir produire du contenu, non plus généraliste, mais spécifique à chaque influenceur. Et ce qui était impossible encore il y a quelques années, est en train de se réaliser grâce aux interconnexions digitales et à notre capacité à les analyser (réseaux sociaux, big data, algorithmes…)

Retrouver le sens par l’intelligence collective.
Le collaborateur est une formidable ressource créative !
Je vous entends déjà dire « moi, un créatif ? Alors là pas du tout ! » Et pourtant si. Chacun de nous est en capacité de faire émerger des idées, encore faut-il être en condition de le faire. Au sein de l’entreprise, cela passe par l’installation d’un climat de bienveillance, de l’acceptation du droit à l’erreur, de moments où la suspension du jugement est de mise (remplacer le « non, mais… » par un « oui, et… »), par l’utilisation des techniques de créativité, d’innovation et par l’animation de l’intelligence collective. En faisant cela, nous prenons ainsi conscience que toute idée est bonne ! En effet, chacune d’elle permet l’émergence d’une autre et ainsi de suite par rebond et enrichissement, pour finir par arriver à LA solution.
Quand l’entreprise commence à distiller cette philosophie en son sein, alors l’équation est résolue. L’alignement des différentes composantes du collaborateur se produit et l’entreprise rentre dans un cercle vertueux.

Pour le collaborateur, le résultat est une clé qui transforme sa vie professionnelle.
« Je participe au même titre que l’ensemble des parties prenantes à la résolution d’un défi, d’un challenge, qui apporte du sens à mon quotidien. J’influe sur la trajectoire de mon entreprise, de ma mission, de mon métier. Grâce au sens (re)trouvé, l’état positif dans lequel je suis transpire naturellement dans mon travail, au sein de toute l’entreprise et en dehors. J’ai de la confiance vis-à-vis de ce que je fais, de pourquoi je le fais et de l’implication de l’ensemble de l’entreprise dans cet objectif commun. Et tant mieux si ma nouvelle vie professionnelle aura donné envie à d’autres de me rejoindre pour participer à l’objectif commun. »

On est bien loin de l’Ambassadeur Go…

(1) Liberté & Cie (2012)

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