Stop, la marque employeur n’est pas un gadget !

Arnaud Pottier Rossi | 31 mai 2013 | 3 commentaires
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Il y a un mois, je lisais sur le blog «  RH de Noé » un article sur l’opération «  Linkedin in the real life chez Digitas  », agence digitale du groupe Publicis.
L’article présentait l’opération et laissait la parole à Ludovic Rufié, Employer Brand Manager (chargé de la marque employeur et développement RH).

Digitas et plus globalement le groupe Publicis sont tous les deux des référents qui bénéficient à la fois d’une notoriété absolue et d’une excellente image sur le marché de l’advertising.
On ne peut en dire autant de leur image employeur en France. Très souvent décriée pour compter en permanence 30 % à 40 % de stagiaires parmi ses effectifs Publicis n’est jamais à l’abri d’une critique acerbe dans la presse ou sur les réseaux sociaux quand elle prend la parole dans le grand public sur des sujets corporate tels que ses bénéfices ou la rémunération de son PDG.

Car très clairement, comme dans beaucoup d’autres entreprises du secteur de la communication, de la culture ou des médias, les stagiaires occupent de véritables emplois à part entière.
Durant 6 mois, ils s’investissent dans leur mission avec l’espoir, entretenue par le management, de décrocher un beau CDI, ultime récompense pour un jeune diplômé… Pour être au final remercié (ou pas) et remplacé par un autre stagiaire, plein d’espoirs, le couteau entre les dents.
Quelle situation comique de voir un stagiaire former un autre stagiaire pour faire la passation des dossiers…
Bref !

Et là, Digitas prend la parole à tour de bras sur cette opération qui propose de rencontrer « en vrai » les salariés de Digitas, encartonné dans une box « censée représenter nos profils Linkedin avec un trou laissant passer nos têtes à la place des photos de profil ! », comme le précise Ludovic Rufié.

Capture d’écran 2013-05-29 à 16.32.34

Amazing !

Trêve de plaisanterie, oui c’est une opération sympa et toutes les initiatives pour ouvrir les portes de l’entreprise sont bonnes. Encore meilleures quand elles tendent de mettre à plat la hiérarchie et le partenariat avec Linkedin est cohérent puisque les réseaux sociaux (pro ou perso) fonctionnent sur l’ouverture et l’horizontalité des relations.

Mais ne s’agit-il pas que d’un artifice qui ne résout en rien sa problématique d’image employeur et pire, enfonce le couteau dans la plaie ? Peut-on alors parler de leurre même ? !
La promesse d’accessibilité avec le management serait au cœur de l’ADN du groupe et la rencontre avec Mr Levy, la preuve.
Ceux qui ont déjà travaillé chez Publicis savent que l’étage occupé par le grand patron n’est accessible que par une clé, sésame généralement réservé aux membres du Comex, aux actionnaires ou aux assistantes.
Où est la congruence ?

La marque employeur ne repose bien évidemment pas sur l’ouverture ou l’accessibilité de son bureau, mais quand on veut donner une vision, autant être cohérent.

A la lecture de cet article, je n’ai pas pu m’empêcher de tweeter :

Capture d’écran 2013-05-29 à 16.12.35

Point de réponse. Ni lors du #linkedinday.
Alors, que peut-on dire d’une entreprise qui revendique d’utiliser les réseaux sociaux et leurs apports en terme relationnel («  l’utilisation des réseaux sociaux au sein d’une vraie stratégie employeur va profondément changer l’approche candidat  ») et qui ne répond pas aux tweets ?

Encore une fois, point d’acharnement sur Digitas, le cas me permet juste de rappeler que la marque employeur n’est pas un gadget et que l’utilisation des réseaux sociaux doit pousser les entreprises à plus de cohérence entre le discours et la réalité.

 

3 commentaires

  1. lecairn
    3 juin 2013 à 10h38

    Whaou je vous présente Arnaud , Nettoyeur !!! (Nikita like quote). On connaissait le dilemne du prisonnier, demeure le dilemne du stagiaire. En effet, l'usage massif de stagiaire pour de la production est révoltant, mais d'un autre coté comment ceux-ci trouveraient-ils un job s'ils ne pouvai pas valider leurs connaissances théoriques par une mise en application? qui gagne le plus l'employeur qui bénéficie de main d'oeuvre peu chère mais doit investir dans l'accompagnement? ou la stagiaire qui est peu payé mais va apprendre beaucoup plus qu'à l'école qu'il a pour le coup payé très cher!!! . Non effectivement le point que je soulignerais dans ton article est plutôt ce décalage entre la campagne et les valeurs qu'elle véhicule en terme de proximité managériale et cet ascenseur "blindé" qui se situe aux antipodes ... Espérons simplement que cette campagne permettra à tout le monde y compris aux stagiaires de circuler librement dans les étages et d'alpaguer n'importe lequel de ses patrons pour lui donner de bonnes idées , sinon cela prouvera simplement que ce n'est plus dans ce genre de structures qu'il vous faudra aller faire vos armes en tant que stagiaire car elles fonctionnent sur un mode qui appartient à avant hier , pas à aujourd'hui ni à demain, hors c'est vers ces horizons qu'il vous faut regarder si vous devez choisir votre stage de fin d'études ...

  2. Direction Ressources Humaines - DigitasLBI France
    7 juin 2013 à 17h55

    Cher Monsieur,

    Nous avons pris connaissance de votre article et nous souhaitons apporter un éclairage sur votre sujet.

    Les éléments concernant le recrutement des talents juniors chez DigitasLBI France sont les suivant :

    Nous comptons 10 stagiaires pour un effectif total de 260 personnes, ce qui correspond à 4 % des effectifs.
    Nous comptons également 15 collaborateurs en contrats d'alternance, ce qui correspond à 6 % de l'effectif total de l'agence.
    En 2012, 65% des talents en fin de cursus de formation ont été recrutés.

    Bien à vous,

    Direction des Ressources Humaines - DigitasLBI France

  3. Arnaud Pottier Rossi
    10 juin 2013 à 13h02

    Madame ou Monsieur,
    Un grand merci pour votre éclairage sur les pratiques de Digitas en matière RH.
    Toutefois cela ne répond pas aux remarques que je soulève.
    La finalité de l'opération étant de rencontrer Mr Levy, vous ramenez Digitas non plus comme une entité unique et indépendante mais bien comme un élément du groupe Publicis. Par conséquent que vous acceptiez ou non l'image employeur de Publicis, vous la subissez.
    Donc, est ce que cette opération est une réponse pour lutter contre cette image employeur?
    Peut on résumer la marque employeur à ce genre d'opération et faire fi du reste?
    Dernier point, qui peut être symbolique et pourtant si révélateur : est ce cohérent de prôner l'utilisation des réseaux sociaux, son ouverture, les liens qu'ils créent, et ne pas répondre aux interactions générées?
    Merci en tout cas pour votre retour et suis à votre disposition pour échanger sur ces points de vue.

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