Le Télétravail au-delà des dogmes

Claire Patoux | 4 décembre 2020 | Aucun commentaire
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Avec Alexia de Bernardy, nous vous partageons une interview qui illustre une pensée avec laquelle nous sommes en total désaccord.

  • « Le fait de distancer les relations les rendent d’autant plus désirées »
  • « Le télétravail est une libération psychologique. »
  • « Je ne crois pas en cet argument du délitement des liens sociaux. »
  • « Je ne pense pas que le télétravail, hors confinement, empêche le travail collectif et la créativité. »

Madame Julia de Funès j’ai du respect pour votre travail et en même temps je me dois de partager ce que nous observons dans les entreprises.

Tout d’abord lorsque l’on regarde les études menées sur le sujet, il est difficilement soutenable de lire que le télétravail ne participe pas à l’isolement et à la détresse psychologique.

Etude qualitative par CHU de Nice (2018) :

• La dégradation des relations interpersonnelles est préoccupante

Sondage Empreinte Humaine et OpinionWay (en amont du 2nd confinement)

• Détresse psychologique qui augmente avec le nombre de jours télétravaillés (47% pour les collaborateurs 100% locaux, 53% pour les collaborateurs qui alterne présentiel et télétravail, 58% pour ceux à 100% télétravail).

• La population des télétravailleurs est en plus grande détresse psychologique que les autres collaborateurs (+10 points).

Etude pour le ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion par Harris Interactive (2nd confinement)

• 58% des salariés qui ont télétravaillé à 100% préfèreraient venir sur leur lieu de travail au moins 1 jour par semaine.

• 4 salariés sur 10 qui ont télétravaillé lors de la semaine de l’étude se sentent isolés, 3 sur 10 déclarent mal vivre le télétravail au quotidien.

L’aspect multifactoriel de la période que nous vivons ne nous permet pas d’incriminer seulement le télétravail, mais il est certainement un accélérateur de « mal être », au regard des comparaisons entre deux populations, celle à 100% en présentiel et celle à 100% en télétravail (+10 points de détresse ).

Autre point, lorsque nous observons ce qui s’est passé entre le 1er et le second confinement, nous pouvons dire, sans trop de mal qu’il y avait une grande partie des télétravailleurs jeunes, citadins de grandes villes de France, qui n’avaient qu’une seule envie, retourner au bureau. Habitants dans de petites surfaces, ils peuvent difficilement vivre et travailler dans le même espace, sans risquer un épuisement et une fatigue.

Alors disons- le clairement :

NON, le télétravail n’est pas une libération psychologique !

Il permettrait une meilleure productivité, une meilleure gestion vie pro/vie perso notamment par le gain de temps sur les déplacements mais il crée à la fois, une surcharge de travail (plus de mails, difficulté supplémentaire à la déconnexion…) , et malheureusement en France, à ce jour, une augmentation de la surveillance et du contrôle.

Et pour certains même il génère de la souffrance psychologique.

OUI, le télétravail est un acteur du délitement social !

L’humain est un animal social et sensoriel, qui s’imprègne, se développe, évolue grâce aux liens qu’il entretient avec ses semblables. Le télétravail, tel qu’il est aujourd’hui, réduit notre capacité d’interaction tant sur le nombre de liens sociaux, que sur leur nature.

Il suffit de regarder l’émergence et la croissance des espaces de coworking. Qu’apportent-ils à leurs membres, si ce n’est la création et l’enrichissement de liens sociaux par le présentiel ?

NON, le fait de distancier les relations ne les rendent pas d’autant plus désirées !

Il ressort de mes travaux (des travaux d’Alexia), le constat que la fréquence du contact humain permet de créer les conditions de la confiance, indispensable pour collaborer à distance.

OUI, le télétravail n’empêche pas le travail collectif et la créativité !

Vous avez raison, mais il le bride.

Demandez à tous les facilitateurs de créativité et d’intelligence collective de choisir entre animer un atelier en distanciel ou présentiel, ce que majoritairement ils vous répondront : le présentiel !

La puissance du présentiel dans la créativité est sans comparaison.

De plus, le lien social est le principal levier du plein épanouissement de l’intelligence humaine. On constate que la distance freine la capacité à résoudre des problèmes complexes.

Devons-nous au regard de ces arguments bannir ce « nouveau » mode de travail ?

Bien-sûr que non, mais seule une approche éclairée permettra de l’installer dans nos pratiques, de le faire vivre par et pour l’ensemble des parties prenantes.

Regarder honnêtement les dangers du Télétravail nous permettra justement de mettre en place les bons usages, et de trouver des réponses à l’enjeu de la distance, celui de garder ce lien. De faire communautés. De recréer de l’émotion commune.

Accueillons le télétravail (et les accords qui sont en train d’être signés) comme une opportunité de repenser nos interactions sociales au sein de nos organisations, de former et faire évoluer nos modes de management, de repenser nos modes de réflexions collectives (mettre fin à la réunionnite aigüe qui n’a qu’augmenté avec le télétravail), de remettre de la confiance, avec au centre, non pas la technologie, non pas la productivité, mais bien ce qui nous caractérise, notre humanité !

C’est le socle pour faire grandir les équipes et les projets.

 

Une interview de Madame Julia de Funès sur le télétravail nous a fait réagir avec Alexia de Bernardy !

Nous souhaitons apporter un regard au-delà des dogmes sur le sujet.

Vous retrouverez le point de vue d’Alexia : https://lnkd.in/eEuvSRv

Et le mien ci-dessous 👇

travailfutureofworkbienêtreefficienceRHDRH

 

Publié par Arnaud POTTIER ROSSI

Crédits photo : Jacky Chiu / Unsplash

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